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En mars 2026, l’Institut canadien des actuaires (ICA) a publié les tables de mortalité CPM 2024, marquant la première mise à jour des tables de mortalité de base des retraités canadiens en plus d’une décennie. Conjuguées à l’échelle d’amélioration de la mortalité MI 2024 publiée en 2024, ces mises à jour justifient une attention particulière de la part de tous les promoteurs de régimes de retraite et d’avantages sociaux postérieurs à l’emploi (ASPE). C’est le moment idéal pour les promoteurs de régime de prendre du recul et d’examiner les hypothèses qui sous-tendent leurs programmes de retraite et d’ASPE ainsi que l’incidence sur leurs cadres de gestion du risque globaux.
Ce qui a changé : les nouvelles tables de mortalité de base
Les tables CPM 2024 représentent une amélioration considérable par rapport à leurs prédécesseurs. La nouvelle recherche repose sur un ensemble de données nettement plus vaste, analysant environ 330 000 décès au cours de 11,4 millions d’années-vies d’exposition de 2011 à 2021, comparativement à environ 100 000 décès et 3,6 millions d’années-vies d’exposition dans l’étude CPM 2014. Cet ensemble de données élargi offre une plus grande crédibilité statistique.
La structure des tables a également évolué. Les tables CPM 2014 faisaient une distinction entre les régimes de retraite du secteur privé et ceux du secteur public, mais les dernières recherches ont conclu qu’une fois les autres facteurs démographiques pris en compte, la distinction public/privé n’est pas le principal moteur des différences de mortalité. Le cadre CPM 2024 classifie plutôt les prévisions de mortalité en utilisant une hiérarchie « élevée/combinée/faible » – permettant aux régimes de choisir une table qui reflète mieux les caractéristiques de leurs membres. Les facteurs d’ajustement selon la taille du régime fournis avec la CPM 2014 ont également disparu.
Une nouvelle fonction notable est l’inclusion de tables dédiées aux conjoints survivants. La CPM 2014 ne fournissait pas d’hypothèses de mortalité distinctes pour les conjoints survivants recevant des prestations, une amélioration importante qui est maintenant disponible pour l’évaluation des rentes réversibles.
Enfin, l’ICA fournit les tables CPM 2024 à la fois sur une base pondérée par le montant de la rente et sur une base pondérée par le nombre de vies, cette dernière étant adaptée à l’évaluation des régimes d’ASPE.
Comprendre les améliorations de la mortalité
Bien que les tables de mortalité de base saisissent l’espérance de vie actuelle, elles ne représentent qu’un portrait à un moment précis. Pour construire une image complète de la longévité attendue, les régimes doivent également intégrer des hypothèses d’amélioration de la mortalité – des estimations de l’évolution future de l’espérance de vie.
Publiée au début de 2024, l’échelle d’amélioration MI 2024 diffère sensiblement de son prédécesseur couramment utilisé, l’échelle d’amélioration CPM-B. L’échelle MI 2024 est fondée sur des données plus récentes couvrant la période de 1980 à 2019 et utilise une modélisation stochastique axée sur les données plutôt que de s’appuyer lourdement sur le jugement d’experts. Plus important encore, le taux d’amélioration de la mortalité à long terme ultime selon l’échelle MI 2024 est de 1,3 % par an pour les âges de 40 à 90 ans, comparativement à 0,8 % selon la CPM-B – un changement d’hypothèse substantiel. Bien que plus élevé, le taux d’amélioration à long terme est inférieur aux taux d’amélioration observés chez les retraités canadiens au cours des 20 premières années du 21e siècle.
Pour une personne âgée de 65 ans, les nouvelles échelles d’amélioration se traduisent par environ une année supplémentaire d’espérance de vie future si l’on compare l’échelle MI 2024 à la CPM-B. Sur une base de passif, l’adoption de l’échelle MI 2024 augmente généralement les facteurs de rente de 2 % à 4 % selon l’âge et le sexe.
Modifications aux normes de valeur de transfert
Le Conseil des normes actuarielles de l’ICA a récemment proposé de mettre à jour les normes de valeur de transfert pour intégrer les tables CPM 2024 et l’échelle MI 2024. Le passage de la CPM 2014 combinée avec la CPM-B à la CPM 2024 avec l’échelle MI 2024 pourrait avoir des répercussions importantes sur le passif des régimes et, pour certains régimes, sur les exigences de financement. Une analyse préliminaire suggère que les facteurs de rente non indexée pourraient augmenter de 2 % à 4 %, la date d’entrée en vigueur des modifications étant prévue pour février 2027. Les soumissions concernant la communication initiale de la proposition se terminent le 15 juillet 2026, suivies d’une communication finale et d’une date d’entrée en vigueur prévue pour le 1er février 2027.
Pour les promoteurs de régime, cela signifie que les membres optant pour la valeur de transfert pourraient recevoir des versements du montant forfaitaire plus élevés, et que le passif du régime de retraite augmentera probablement lors de l’adoption des nouvelles hypothèses. Bien que l’incidence spécifique varie selon le régime, elle peut être importante pour certains.
Choisir les bonnes hypothèses pour votre régime
Dans sa récente mise à jour de la note éducative sur les hypothèses de mortalité, l’ICA souligne que le choix des hypothèses nécessite un jugement actuariel et doit refléter l’expérience et les tendances récentes propres à chaque régime. Il n’existe pas d’hypothèse standard unique qui s’applique à tous les régimes.
Le processus de sélection des hypothèses commence par une analyse de la mortalité fondée sur les membres et l’expérience du régime. Les régimes plus de plus grande taille peuvent mener une étude d’expérience comparant les résultats de mortalité réels aux tables standard, ce qui donne des facteurs d’ajustement. Les régimes plus petits ou ceux dont l’expérience est limitée peuvent utiliser des modèles de mortalité multifactoriels qui évaluent les caractéristiques individuelles comme l’âge, le sexe, le montant de la rente, l’emplacement géographique et les indicateurs socio-économiques, pour prédire l’espérance de vie personnalisée.
Ces outils sont beaucoup plus sophistiqués que ceux disponibles il y a dix ans. Plutôt que d’appliquer une hypothèse standard à l’ensemble des membres, les régimes peuvent maintenant élaborer des hypothèses plus granulaires et fondées sur des données probantes qui reflètent mieux leur population spécifique.
Une occasion idéale pour un examen complet des hypothèses
Bien que les hypothèses de mortalité soient l’une des hypothèses démographiques les plus importantes, elles ne sont en aucun cas la seule hypothèse démographique importante. Au cours des dernières années, de nombreux régimes ont observé des départs à la retraite retardés et des fortes de vagues de taux de rotation du personnel, particulièrement chez les cohortes plus jeunes. C’est le moment idéal pour revoir d’autres hypothèses démographiques afin de s’assurer que toutes les hypothèses continuent de refléter la meilleure estimation de l’avenir.
Intégrer la longévité à votre cadre holistique de gestion du risque
L’Association canadienne des organismes de contrôle des régimes de retraite (ACOR) a souligné l’importance de la gestion du risque holistique dans la ligne directrice 10, qui inclut explicitement le risque de longévité en tant que risque nécessitant une identification, une évaluation, une gestion et un suivi.
Les promoteurs de régime devraient envisager d’effectuer une analyse supplémentaire des risques que la longévité pose à la viabilité de leurs régimes et de documenter la façon dont ils gèrent le risque de longévité au sein de leurs régimes.
Prochaines étapes
Nous nous attendons à ce que la plupart des promoteurs de régime adoptent les tables CPM 2024 et l’échelle MI 2024 comme hypothèses de mortalité au cours des deux à trois prochaines années. Les mises à jour proposées par le Conseil des normes actuarielles de l’ICA aux normes de valeur de transfert renforcent cette conviction.
Les promoteurs de régime devraient consulter leurs actuaires dès maintenant pour évaluer l’incidence sur leurs régimes spécifiques. Une analyse de la mortalité utilisant l’expérience du régime et/ou des modèles prédictifs fournira une base défendable et personnalisée pour le choix des hypothèses, soutenant à la fois les décisions de financement et la gestion du risque plus large.
La publication des tables CPM 2024 et MI 2024 représente l'aboutissement de la plus vaste étude sur la longévité des régimes de retraite de l'histoire de l'ICA. Elle marque une évolution dans la façon dont la profession actuarielle mesure et projette la longévité, grâce à une décennie de données supplémentaires sur les régimes de retraite canadiens et à de nouvelles capacités analytiques. Les promoteurs de régime qui s'y intéresseront de façon réfléchie seront bien placés pour prendre des décisions éclairées quant à l'incidence de ces nouvelles tables sur leurs régimes de retraite.
Gavin Benjamin
Associé, Solutions de retraite et d'avantages sociaux, TELUS Santé

Michael Reid
Associé, Solutions de retraite et d'avantages sociaux, TELUS Santé

Gavin Benjamin
Directeur, Solutions de retraite et d'avantages sociaux, TELUS Santé