Alors que l’intelligence artificielle s’intègre de plus en plus à l’écosystème canadien des régimes de retraite, le secteur des régimes à prestations déterminées fait face à une question fondamentale : l’IA rendra-t-elle simplement le système actuel de retraite, soutenu par des humains, plus efficace, ou pourrait-elle transformer fondamentalement le rôle des humains dans ce système?
Pour les régimes de retraite à prestations déterminées, l’IA influence déjà les activités quotidiennes et les résultats à plus long terme de plusieurs façons :
Compte tenu de l’état actuel de la technologie de l’IA, les humains continuent clairement de jouer un rôle indispensable dans l’univers des régimes de retraite à prestations déterminées. Le contexte canadien de ces régimes est extraordinairement complexe, avec de nombreux types de structures de régime et plusieurs cadres législatifs qui s’appliquent aux régimes de retraite. L’expertise actuarielle, en placements, en administration, en gouvernance, en comptabilité, en droit et en communications représente autant d’exemples de connaissances vastes et approfondies nécessaires pour superviser et administrer efficacement un régime à prestations déterminées. Il est irréaliste de s’attendre à ce que les outils d’IA d’aujourd’hui puissent naviguer avec exactitude dans toute la complexité de l’environnement actuel des régimes de retraite à prestations déterminées sans que les humains y jouent un rôle de premier plan.
Cependant, compte tenu du rythme sans précédent des récentes avancées de la technologie de l’IA, les outils d’IA pourraient-ils, à l’avenir, devenir si « intelligents » qu’un jour les humains ne seraient plus nécessaires dans l’industrie des régimes de retraite à prestations déterminées?
Imaginez un monde où Mary, à trois mois de son 60e anniversaire, s’installe dans son bureau à domicile et décide qu’il est temps de faire un peu de planification de la retraite. Elle ouvre une session dans son portail de retraite des employés et clique sur le bouton « Aidez-moi à planifier ma retraite » affiché à l’écran.
Un avatar à l’apparence humaine apparaît. « Bonjour Mary, je m’appelle Julia, votre représentante personnelle en planification de la retraite. Je pensais que vous communiqueriez bientôt avec moi. Avez-vous le temps de discuter? » Au cours des 90 minutes suivantes, Julia explique à Mary ses prestations de retraite à prestations déterminées, établit un lien sécurisé avec ses autres comptes financiers et dresse un portrait personnalisé et complet de sa retraite, y compris des projections de revenu de retraite selon plusieurs scénarios.
Rassurée par les projections claires et les scénarios personnalisés de Julia, Mary réalise qu’il est tout à fait possible de prendre sa retraite à 60 ans. Julia lui présente ses options liées au régime à prestations déterminées, et elles remplissent ensemble tous les formulaires requis pendant l’appel. La séance prend fin. Mary inspire profondément et s’exclame : « Eh bien, on dirait que je prends ma retraite! » L’agent d’IA se met alors au travail. Il avise d’abord le gestionnaire de Mary de sa décision de prendre sa retraite et met à jour les systèmes de RH et de paie. Il envoie ensuite les instructions de paiement au dépositaire du régime de retraite afin d’enclencher le versement de sa rente. Trois mois plus tard, son premier chèque de rente est déposé dans son compte. Aucun humain, à part Mary elle-même, n’a pris part à ce processus.
Un avenir comme celui décrit ci-dessus est-il inévitable ou souhaitable? Cette question me rappelle une expérience vécue au début de ma carrière, lorsque j’étais stagiaire en actuariat au milieu ou à la fin des années 1980. À l’époque, l’utilisation des chiffriers devenait courante dans le domaine de la consultation en régimes de retraite. Comme les chiffriers sont flexibles et peuvent être programmés pour effectuer des calculs actuariels, certains estimaient que la plupart des actuaires en régimes de retraite ne seraient plus nécessaires à l’avenir, puisque les chiffriers pourraient effectuer le travail qu’ils faisaient.
Avec le recul, c’est le contraire qui s’est produit. Les chiffriers et les autres progrès technologiques ont considérablement réduit le temps que les actuaires consacraient aux tâches répétitives et moins valorisantes. En même temps, ils ont permis la conception de régimes de retraite plus complexes, des calculs actuariels plus poussés et plus précis, des communications plus personnalisées, une livraison plus rapide des résultats actuariels et une gouvernance plus rigoureuse des régimes de retraite. Ces changements rendus possibles par la technologie ont amélioré le système de retraite et, ce faisant, ont créé beaucoup de travail pour les actuaires en régimes de retraite ainsi que pour les autres fournisseurs de services de l’industrie.
Bien qu’il soit difficile de prédire les effets à long terme d’une technologie aussi transformatrice que l’IA sur l’industrie des régimes de retraite à prestations déterminées, je m’attends à ce que nous vivions quelque chose de semblable à l’exemple des chiffriers. L’IA continuera sans aucun doute d’accroître l’efficacité opérationnelle dans l’administration des régimes, ce qui permettra aux professionnels de l’industrie de se concentrer sur des rôles à plus grande valeur ajoutée et axés sur les clients. L’IA permettra aussi une personnalisation encore plus grande au niveau individuel dans des domaines comme les communications avec les participants, la planification financière et peut-être même la conception des régimes.
Les outils d’IA soutiennent déjà le personnel des centres d’appels des régimes de retraite en améliorant la rapidité, la pertinence et la qualité de l’information disponible pendant les appels avec les participants. À mesure que les outils d’IA s’amélioreront, d’autres volets des services aux participants connaîtront probablement des améliorations, ce qui mènera à une offre accrue de services accessibles sur demande, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. L’éducation personnalisée des participants ainsi que la planification et l’analyse financières en sont quelques exemples.
Loin d’éliminer les humains de l’équation, l’IA, à l’image des chiffriers, leur permettra de se concentrer sur des tâches à plus grande valeur ajoutée dans l’environnement des régimes de retraite à prestations déterminées. Cela comprend la création de rôles qui n’existaient pas auparavant, notamment :
Dans le même ordre d’idées, il est possible, voire probable, que l’IA permette aux humains d’innover d’une façon qu’on n’imagine même pas encore aujourd’hui, ouvrant ainsi la voie à des occasions d’élargir la couverture des régimes à prestations déterminées, ou de type prestations déterminées, à un plus grand nombre de travailleurs et d’améliorer plus généralement les résultats de retraite des Canadiens.
Comme tous les modèles, les modèles d’IA sont faillibles. La supervision humaine demeurera nécessaire à l’avenir pour interpréter les résultats des modèles, exercer son jugement, fournir le contexte requis et, au besoin, remettre en question ou remplacer les résultats générés. De plus, tout le monde ne sera pas aussi disposé que Mary à interagir uniquement avec un agent d’IA pour une décision aussi importante que le choix de sa date de retraite.
Nous ne devons pas perdre de vue que l’objectif premier des régimes de retraite à prestations déterminées est de fournir un revenu de retraite sûr aux humains. En gardant cet objectif à l’esprit, à mesure que la technologie de l’IA deviendra plus puissante et plus disruptive, je prévois que la responsabilité, la supervision et la participation soutenue des humains dans l’industrie des régimes de retraite à prestations déterminées seront plus importantes que jamais.
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